Que Faire dans les 24 Heures Suivant une Attaque Ransomware

Que faire dans les 24 heures suivant une attaque ransomware dans une PME québécoise

Que faire dans les 24 heures suivant une attaque ransomware ? Débranchez immédiatement le réseau des machines touchées sans les éteindre, appelez votre technicien informatique ou votre fournisseur de services gérés pour confiner l'attaque, contactez ensuite votre assureur cyber avant toute autre dépense, puis un avocat si des données de clients sont touchées et la Commission d'accès à l'information du Québec si la Loi 25 s'applique. Ne payez jamais la rançon comme premier réflexe.

Une attaque ransomware active dans votre PME n'est pas le moment de chercher un guide générique sur « les bonnes pratiques de cybersécurité ». C'est une urgence en temps réel, où chaque heure qui passe pendant les premières 24 heures a un impact direct sur l'ampleur des dégâts, le coût final de l'incident et vos obligations légales envers vos clients et employés. Ce guide propose un plan d'action concret, heure par heure, conçu pour une PME québécoise qui découvre en ce moment même qu'un rançongiciel a chiffré ses fichiers ou verrouillé ses systèmes. Nos techniciens certifiés interviennent régulièrement en contexte d'urgence pour du confinement de cyberattaque et de la remédiation post-incident auprès d'entreprises partout au Québec.

Si l'attaque est en cours actuellement

Ne perdez pas de temps à lire l'intégralité de ce guide avant d'agir. Passez directement à la section « Les premières minutes (0 à 30 minutes) » ci-dessous, puis appelez notre ligne d'urgence au 1 (888) 711-9428 ou remplissez notre formulaire SOS Urgence. Vous pourrez revenir lire le reste du guide une fois la situation confinée.

Les premières minutes (0 à 30 minutes)

Ce que vous faites — ou ne faites pas — dans les trente premières minutes détermine en grande partie si l'incident restera confiné à quelques postes de travail ou s'étendra à l'ensemble de votre réseau, vos sauvegardes incluses. Trois réflexes doivent primer sur tout le reste.

Débranchez le réseau, ne débranchez pas l'alimentation

Dès qu'un employé remarque des fichiers renommés avec une extension inconnue, une note de rançon qui s'affiche à l'écran, ou un système anormalement lent avec une activité disque intense, la priorité absolue est de couper la propagation. Débranchez le câble Ethernet de la machine touchée, ou désactivez le Wi-Fi si elle s'y connecte sans fil. Si plusieurs postes semblent touchés simultanément, débranchez le commutateur réseau (switch) ou désactivez temporairement le point d'accès Wi-Fi de tout le bureau plutôt que de courir après chaque appareil un à un.

Ne débranchez jamais l'alimentation électrique et n'éteignez jamais l'ordinateur. C'est l'erreur la plus commune et la plus coûteuse commise dans la panique. La mémoire vive (RAM) d'une machine encore allumée contient souvent des informations précieuses pour un enquêteur en criminalistique numérique — parfois même des clés de chiffrement temporaires qui disparaissent instantanément à l'extinction. Couper le courant peut aussi corrompre davantage les fichiers déjà partiellement chiffrés, rendant leur récupération future impossible même avec un outil de déchiffrement qui serait éventuellement publié pour cette souche de rançongiciel.

Isolez sans paniquer : identifiez ce qui est touché

Pendant que le réseau est coupé, dressez rapidement une liste de ce qui semble affecté : quels postes, quels dossiers partagés, quels serveurs. Ne tentez pas de « nettoyer » vous-même en supprimant des fichiers suspects ou en lançant un antivirus de façon improvisée — cela peut détruire des preuves numériques utiles et compliquer une éventuelle enquête d'assurance ou judiciaire. Prenez plutôt des photos de l'écran avec votre téléphone (la note de rançon affichée contient souvent des informations utiles : nom du groupe criminel, adresse de contact, montant demandé) et notez l'heure exacte de la découverte.

Ne touchez pas aux sauvegardes

Si vos sauvegardes sont accessibles depuis le réseau (un lecteur réseau, un serveur de sauvegarde connecté en permanence), déconnectez-les physiquement immédiatement si possible, ou à tout le moins ne lancez aucune synchronisation ou sauvegarde automatique tant que l'ampleur de l'attaque n'est pas confirmée. Un rançongiciel actif qui atteint un système de sauvegarde connecté peut chiffrer ou supprimer les copies de secours, transformant un incident récupérable en désastre total.

Pourquoi ces trente premières minutes comptent autant

Les rançongiciels modernes se propagent souvent latéralement sur un réseau en quelques minutes à peine, cherchant activement d'autres machines, des serveurs de fichiers et des systèmes de sauvegarde à chiffrer. Chaque minute où le réseau reste connecté est une minute de propagation supplémentaire. C'est la raison pour laquelle le réflexe de « débrancher d'abord, comprendre ensuite » doit devenir automatique pour quiconque travaille dans votre entreprise, pas seulement pour l'équipe TI.

Timeline heure par heure : les 24 premières heures

Une fois le confinement initial effectué, voici comment structurer les vingt-quatre heures suivantes de façon méthodique. Cette timeline reflète l'expérience de nos équipes lors d'interventions d'urgence réelles auprès de PME québécoises ; les délais peuvent varier selon la taille de votre organisation et la complexité de votre infrastructure, mais la séquence des priorités demeure la même.

Heure 0 à 1 : confinement et premier appel

Durant cette première heure, votre objectif unique est d'arrêter l'hémorragie. Le réseau doit être physiquement isolé (voir section précédente), et votre technicien informatique ou fournisseur de services gérés (MSP) doit être contacté sans délai — c'est l'appel le plus important de toute la journée, et nous expliquons pourquoi dans la section suivante. Si vous n'avez pas de contrat de service actif, une ligne d'urgence comme notre service SOS Urgence permet d'obtenir un technicien en intervention rapide même sans relation préalable. Pendant cette heure, désignez également une seule personne responsable de la coordination de la crise — habituellement le propriétaire, le directeur général ou le responsable TI — pour éviter que plusieurs employés prennent des décisions contradictoires en parallèle.

Heure 1 à 3 : évaluation de l'ampleur et communication interne

Une fois un technicien mobilisé, cette fenêtre sert à cartographier précisément l'étendue de l'attaque : combien de postes sont chiffrés, quels serveurs sont touchés, si les sauvegardes sont intactes ou compromises, et si des données ont potentiellement été exfiltrées avant le chiffrement (de plus en plus de groupes de rançongiciels volent les données avant de les chiffrer, une technique appelée double extorsion). C'est aussi le moment de communiquer en interne avec vos employés : leur expliquer sobrement qu'un incident de sécurité est en cours, leur demander de ne pas se connecter au réseau de bureau avec leurs appareils personnels, et de ne répondre à aucune communication suspecte reçue par courriel pendant cette période, car les attaquants ciblent parfois les employés directement une fois l'intrusion détectée.

Heure 3 à 6 : sécuriser ce qui n'est pas touché et amorcer les démarches d'assurance

Avec une image plus claire de l'ampleur des dégâts, cette fenêtre sert à protéger activement ce qui n'a pas encore été compromis : changement immédiat des mots de passe administrateurs sur les systèmes encore sains, désactivation temporaire des comptes à privilèges élevés qui ne sont pas indispensables dans l'heure, et vérification que l'accès à distance (VPN, bureau à distance) est coupé ou fortement restreint le temps de l'enquête. C'est également la fenêtre pour appeler votre assureur cyber si vous détenez une police — un appel qui doit précéder toute décision de payer une rançon ou d'engager des dépenses forensiques majeures, pour des raisons détaillées plus loin dans ce guide.

Heure 6 à 12 : forensique, notification légale préliminaire et premières restaurations

Selon l'ampleur de l'attaque et la disponibilité des ressources, cette période marque souvent le début du travail forensique plus formel — soit par votre technicien s'il en a la compétence, soit par un spécialiste externe désigné par votre assureur. En parallèle, si des données personnelles de clients ou d'employés semblent touchées, c'est le moment d'entamer les premières discussions avec un avocat spécialisé pour évaluer vos obligations sous la Loi 25 (détaillées plus loin). Si des sauvegardes hors ligne fiables existent et que les systèmes compromis ont été isolés en toute confiance, la restauration des systèmes les plus critiques pour la continuité des opérations (facturation, courriel, systèmes de paiement) peut commencer sur du matériel propre et vérifié — jamais en réutilisant directement les machines infectées sans nettoyage complet préalable.

Heure 12 à 24 : stabilisation, communication élargie et plan de restauration complet

Dans la deuxième moitié de la première journée, l'objectif passe du confinement pur à la stabilisation. Un plan de restauration complet doit être établi avec votre technicien ou votre équipe de réponse à incident, incluant un ordre de priorité pour remettre les systèmes en ligne (généralement : infrastructure réseau de base, serveurs de fichiers critiques, postes de travail, systèmes secondaires). C'est aussi la fenêtre où une communication plus large peut être envisagée si nécessaire — vers des partenaires d'affaires touchés par l'interruption de service, ou en préparation d'une notification aux clients si l'analyse forensique confirme une atteinte à des données personnelles. Documentez chaque décision prise durant les 24 heures, avec l'heure exacte : cette chronologie sera utile pour votre assureur, votre avocat et, le cas échéant, pour la Commission d'accès à l'information du Québec.

Qui appeler en premier : l'ordre qui change tout

L'une des plus grandes sources de dégâts évitables lors d'une attaque ransomware n'est pas technique — c'est l'ordre dans lequel les dirigeants d'une PME contactent les différents intervenants. Appeler dans le mauvais ordre peut invalider une couverture d'assurance, exposer l'entreprise à des poursuites, ou tout simplement laisser l'attaque se propager pendant que vous cherchez le bon numéro. Voici l'ordre recommandé, avec la justification derrière chaque étape.

1

Votre technicien informatique ou fournisseur de services gérés (MSP)

C'est l'appel le plus urgent, sans exception. Un technicien qualifié peut confirmer l'ampleur de l'attaque, arrêter sa propagation activement (pas seulement en débranchant un câble, mais en identifiant et en isolant les vecteurs d'infection encore actifs) et commencer à préserver les preuves numériques nécessaires pour la suite. Chaque minute de délai avant ce premier appel technique se traduit généralement par davantage de machines touchées.

2

Votre assureur cyber, si vous détenez une police en place

Cet appel doit précéder toute dépense majeure — engagement d'une firme forensique externe, achat de nouveau matériel, ou pire, tout paiement de rançon. La plupart des polices de cyberassurance exigent que l'assuré obtienne une autorisation préalable avant d'engager des frais de restauration ou de négociation, sans quoi ces dépenses peuvent être refusées au remboursement. Votre assureur dispose généralement d'une liste de fournisseurs forensiques et d'avocats spécialisés déjà approuvés, ce qui accélère la suite du processus.

3

Un avocat, si des données de clients ou d'employés sont touchées

Dès qu'il y a un doute raisonnable que des renseignements personnels ont pu être consultés, copiés ou rendus inaccessibles, un avocat spécialisé en protection des renseignements personnels doit être consulté pour évaluer l'exposition légale de l'entreprise, encadrer les communications (y compris avec les assureurs et les autorités) et préparer les démarches de notification requises par la loi.

4

La Commission d'accès à l'information du Québec (CAI), si la Loi 25 s'applique

Si l'analyse confirme un incident de confidentialité présentant un risque de préjudice sérieux pour des personnes concernées, votre entreprise a l'obligation légale d'en aviser la CAI ainsi que les personnes touchées, dans les meilleurs délais. Cette étape suit généralement les trois précédentes, une fois l'ampleur réelle de l'atteinte confirmée par le travail technique et légal déjà entamé.

5

Les autorités : Centre antifraude du Canada et service de police local

Signaler l'incident au Centre antifraude du Canada et, selon la nature de l'attaque, à votre service de police local, contribue à la lutte collective contre la cybercriminalité et peut être exigé par votre assureur ou requis pour certaines démarches légales ultérieures. Ce signalement ne remplace toutefois aucune des étapes précédentes et ne doit pas retarder le confinement technique de l'attaque.

Ce qui ne doit PAS être le premier réflexe

Contacter directement les attaquants pour négocier ou payer la rançon sans être passé par les étapes ci-dessus est l'erreur la plus dommageable qu'une PME puisse commettre. Un paiement précipité, effectué sous le choc et sans validation de votre assureur ni évaluation complète des sauvegardes disponibles, peut s'avérer totalement inutile si vos données étaient récupérables autrement — et n'offre de toute façon aucune garantie de récupération, comme expliqué plus loin dans ce guide.

Ce qu'il faut faire vs ce qu'il ne faut PAS faire dans les 24 heures

SituationÀ faireÀ ne PAS faire
Machine visiblement touchéeDébrancher le câble réseau ou couper le Wi-Fi immédiatementÉteindre l'ordinateur ou couper l'alimentation électrique
Note de rançon affichéePhotographier l'écran avec un téléphone, noter l'heureCliquer sur les liens ou fenêtres de la note de rançon
Premier appelTechnicien informatique ou MSP, sans délaiContacter directement les attaquants pour négocier
SauvegardesLes déconnecter physiquement du réseau si possibleLancer une synchronisation ou sauvegarde automatique
Fichiers suspectsLes laisser intacts pour l'analyse forensiqueLes supprimer ou tenter un nettoyage antivirus improvisé
Décision de payerAttendre l'avis de l'assureur cyber et d'un avocatPayer la rançon comme premier réflexe sous le choc
Communication interneInformer sobrement les employés, consigne clairePublier l'incident sur les réseaux sociaux de l'entreprise
Mots de passeChanger les mots de passe admin sur les systèmes sainsRéutiliser les mêmes mots de passe après restauration
DocumentationConsigner chaque action avec l'heure exacteSe fier uniquement à la mémoire une fois la crise passée
Données clients touchéesConsulter un avocat, évaluer les obligations Loi 25Attendre que la situation se tasse avant d'évaluer les obligations

Checklist complète des 24 premières heures

Voici une liste de vérification exhaustive à imprimer ou à garder accessible sur un appareil non touché par l'attaque. Cochez chaque élément au fur et à mesure — cette documentation sera utile pour votre assureur, votre avocat et l'enquête technique.

Études de cas : trois PME québécoises face au ransomware

Les scénarios suivants sont des reconstitutions fictives, inspirées de situations typiques rencontrées par des PME québécoises de tailles diverses, présentées ici à des fins pédagogiques pour illustrer concrètement l'impact d'une bonne ou d'une mauvaise réaction dans les premières heures.

Cas 1 — Cabinet comptable de Trois-Rivières, 14 employés

Un lundi matin, une adjointe administrative ouvre une pièce jointe reçue par courriel, déclenchant un rançongiciel qui chiffre en quelques minutes les dossiers partagés du cabinet, incluant des données fiscales de clients. L'associé principal, formé quelques mois plus tôt lors d'une session de formation en cybersécurité, reconnaît immédiatement les signes et débranche le commutateur réseau du bureau en moins de dix minutes, avant d'appeler son fournisseur TI. Grâce à des sauvegardes hors ligne testées mensuellement, la restauration des systèmes critiques prend 18 heures, avec un temps d'arrêt total des opérations de 26 heures. La rançon demandée s'élevait à 45 000 $ CAD en cryptomonnaie ; elle n'a pas été payée. Le coût total de l'incident (intervention d'urgence, forensique léger, heures supplémentaires, communication aux clients touchés) s'est élevé à environ 19 000 $ CAD, en grande partie couvert par la police de cyberassurance du cabinet.

Cas 2 — Manufacturier de pièces industrielles, Sherbrooke, 62 employés

L'attaque débute un vendredi en fin de journée, quand peu d'employés sont présents pour la remarquer rapidement. Le rançongiciel se propage pendant près de six heures avant sa découverte le lendemain matin, atteignant le serveur de production ainsi que le système ERP de l'entreprise. Sans plan d'intervention préétabli, la direction perd un temps précieux à évaluer la situation en interne avant d'appeler un technicien externe, retardant le confinement de près de quatre heures supplémentaires. Le temps d'arrêt total atteint 96 heures (quatre jours ouvrables complets), incluant l'arrêt de la ligne de production. La rançon demandée était de 180 000 $ CAD ; après négociation assistée par une firme spécialisée mandatée par l'assureur, un montant réduit de 65 000 $ CAD a finalement été payé, faute de sauvegardes complètes et récentes du système ERP. Le coût total de l'incident, incluant la rançon, l'intervention forensique, la perte de production et la restauration complète des systèmes, a dépassé 310 000 $ CAD.

Cas 3 — Clinique dentaire multi-sites, Laval et Gatineau, 8 employés par succursale

Une réceptionniste de la succursale de Laval remarque des fichiers de dossiers patients renommés avec une extension inconnue en fin de matinée. Le réseau des deux succursales étant relié par un lien VPN permanent, l'attaque menace de se propager rapidement vers Gatineau. La responsable de la clinique appelle immédiatement la ligne d'urgence de son fournisseur TI, qui coupe à distance le lien VPN entre les deux sites en moins de vingt minutes, confinant l'attaque à la seule succursale de Laval. Comme des données de santé de patients sont potentiellement touchées, un avocat spécialisé est consulté dès la sixième heure, confirmant l'obligation de notification sous la Loi 25 en raison du risque de préjudice sérieux pour les patients concernés. Le temps d'arrêt à Laval s'élève à 31 heures, avec une restauration complète en 4 jours grâce à des sauvegardes quotidiennes hors ligne. Aucune rançon n'a été payée. Le coût total, incluant la notification légale aux patients touchés, l'intervention technique et l'accompagnement juridique, s'est élevé à environ 27 500 $ CAD.

Ce que ces trois cas ont en commun

Dans les deux cas où l'entreprise disposait de sauvegardes hors ligne récentes et testées, la rançon n'a pas été payée et le coût total est demeuré nettement inférieur à celui du cas où les sauvegardes du système critique étaient incomplètes. Le délai entre la découverte de l'attaque et le premier appel à un technicien qualifié s'est aussi révélé être le facteur le plus déterminant du temps d'arrêt total, davantage que la taille de l'entreprise elle-même.

Faut-il payer la rançon ?

C'est la question la plus chargée émotionnellement de toute la crise, et il n'existe pas de réponse universelle simple — mais il existe une position claire des autorités canadiennes : le Centre canadien pour la cybersécurité et la Gendarmerie royale du Canada recommandent généralement de ne pas payer la rançon. Cette position repose sur plusieurs constats documentés.

Premièrement, le paiement d'une rançon ne garantit absolument pas la récupération des données. Des entreprises ayant payé intégralement le montant demandé ont reçu des clés de déchiffrement défectueuses, partielles, ou n'ont tout simplement plus eu de nouvelles des attaquants une fois le paiement effectué. Deuxièmement, payer signale à l'écosystème criminel qu'une entreprise est disposée à payer, ce qui augmente statistiquement le risque d'une seconde attaque par le même groupe ou un groupe affilié dans les mois suivants. Troisièmement, chaque paiement de rançon finance directement les capacités opérationnelles de groupes criminels organisés, alimentant le développement de nouvelles souches de rançongiciels et le recrutement de nouveaux affiliés.

Cela dit, la réalité opérationnelle d'une PME n'est pas toujours aussi tranchée que la recommandation officielle. Une entreprise sans aucune sauvegarde fonctionnelle, confrontée à la perte totale et irréversible de données essentielles à sa survie (dossiers clients, données financières historiques, propriété intellectuelle), peut se retrouver dans une situation où le paiement devient une option sérieusement envisagée malgré les risques. C'est précisément pour cette raison que la décision ne doit jamais être prise seule, sous le choc, dans les premières heures. Elle doit être évaluée avec :

Dans tous les cas, la meilleure protection contre cette question déchirante reste préventive : des sauvegardes hors ligne, testées régulièrement, qui rendent la question du paiement largement théorique plutôt que vitale.

Combien coûte une intervention d'urgence : budget en dollars canadiens

Un des aspects les moins bien compris d'une attaque ransomware est son coût réel, souvent bien au-delà du montant de la rançon elle-même — surtout lorsque la rançon n'est pas payée du tout. Voici des fourchettes réalistes pour une PME québécoise, basées sur des interventions typiques observées dans le marché.

Type de dépenseFourchette typique (CAD)Facteurs qui font varier le coût
Intervention d'urgence et confinement2 000 $ – 10 000 $Nombre de postes touchés, complexité du réseau
Enquête forensique complète5 000 $ – 30 000 $Nécessité de déterminer une exfiltration de données
Restauration des systèmes3 000 $ – 25 000 $Disponibilité et qualité des sauvegardes
Renforcement de la sécurité post-incident2 000 $ – 15 000 $Ampleur des lacunes identifiées
Accompagnement juridique1 500 $ – 12 000 $Complexité des obligations de notification
Notification aux personnes touchées500 $ – 8 000 $Nombre de personnes à aviser, méthode utilisée
Perte de revenus liée à l'arrêt des opérationsVariable, souvent 5 000 $ – 100 000 $+Durée de l'arrêt, secteur d'activité, saisonnalité

Ces coûts n'incluent pas la TPS et la TVQ applicables sur les services professionnels facturés au Québec, à prévoir dans votre budget de gestion de crise. Une police de cyberassurance adaptée à la taille de votre entreprise permet généralement d'absorber une part importante de ces dépenses — un sujet couvert en détail dans notre guide complet sur la cyberassurance PME au Québec.

Ressources gouvernementales pour les PME touchées

Les PME québécoises victimes d'une cyberattaque ne sont pas seules face aux démarches administratives et financières qui suivent. Plusieurs organismes publics offrent du soutien concret.

Banque de développement du Canada (BDC)

La BDC propose du financement spécifique aux PME pour renforcer leur cybersécurité après un incident, ainsi que des services-conseils en gestion des risques technologiques. Une entreprise qui doit investir rapidement dans la restauration de son infrastructure et le renforcement de sa sécurité peut évaluer les options de prêt adaptées offertes par la BDC, plutôt que de puiser uniquement dans ses liquidités d'exploitation.

Investissement Québec

Investissement Québec propose des programmes de soutien à la transformation numérique qui incluent, selon les cycles de financement en vigueur, des volets liés à la cybersécurité et à la résilience technologique des PME québécoises. Ces programmes peuvent alléger le fardeau financier du renforcement de la sécurité recommandé après un incident, un investissement souvent négligé faute de budget avant qu'une attaque ne survienne.

Commission d'accès à l'information du Québec (CAI)

La CAI publie des guides gratuits et détaillés sur les obligations de notification en cas d'incident de confidentialité sous la Loi 25, incluant des modèles de formulaires de déclaration et des critères précis pour évaluer si un incident présente un « risque de préjudice sérieux » déclenchant l'obligation de notification. Consulter ces ressources directement sur le site de la CAI, en complément de l'avis d'un avocat, permet de mieux comprendre le cadre légal applicable à votre situation. Notre guide sur la conformité à la Loi 25 pour les PME détaille ces obligations plus en profondeur.

Une attaque ransomware est en cours dans votre entreprise ?

Nos techniciens certifiés interviennent en urgence pour confiner l'attaque, préserver les preuves et amorcer la restauration de vos systèmes. Ne perdez pas de temps précieux — chaque minute compte.

Erreurs fréquentes qui aggravent la situation

Au-delà des erreurs déjà mentionnées (éteindre les machines, payer sans consulter l'assureur, nettoyer soi-même les fichiers suspects), plusieurs autres réflexes courants aggravent inutilement une situation déjà difficile.

Attendre « pour être certain » avant d'agir. Un délai de quelques heures passé à confirmer si l'incident est « vraiment grave » avant d'appeler un technicien laisse le temps au rançongiciel de se propager davantage. En cas de doute, agissez comme si la situation était grave — le coût d'un faux positif (appeler un technicien pour un incident finalement mineur) est négligeable comparé au coût d'un délai face à une attaque réelle.

Restaurer les systèmes sans avoir éliminé la cause de l'infection. Restaurer rapidement des fichiers à partir d'une sauvegarde sur un système encore compromis par le vecteur d'infection initial (un accès distant mal sécurisé, un compte compromis) mène souvent à une réinfection immédiate, parfois en quelques heures seulement.

Négliger la communication avec les employés. Le silence total pendant une crise engendre des rumeurs, de l'anxiété et parfois des comportements risqués (employés qui tentent de « aider » en accédant eux-mêmes aux systèmes touchés). Une communication sobre, factuelle et régulière limite ces risques.

Considérer l'incident comme terminé une fois les systèmes restaurés. La restauration technique n'est que la moitié du travail. Une revue post-incident approfondie — identifiant le vecteur d'entrée initial, les lacunes de sécurité exploitées et les mesures correctives nécessaires — est essentielle pour éviter une répétition, un risque statistiquement élevé pour les entreprises déjà ciblées une première fois.

Se préparer avant qu'une attaque ne survienne

Ce guide se concentre sur la réaction dans les 24 heures suivant une attaque, mais la meilleure version de ce scénario est celle qui ne se produit jamais, ou qui se résout en quelques heures grâce à une préparation adéquate. Un plan de réponse aux incidents écrit à l'avance, testé au moins une fois par année, avec les numéros de téléphone d'urgence (technicien, assureur, avocat) déjà identifiés et accessibles même si le réseau de l'entreprise est hors ligne, transforme une crise chaotique en une procédure méthodique. Des sauvegardes hors ligne testées régulièrement demeurent la mesure individuelle la plus déterminante pour limiter à la fois le temps d'arrêt et la tentation de payer une rançon. Notre guide sur le ransomware et comment protéger votre PME couvre en détail ces mesures préventives.

Questions fréquentes — Que faire après une attaque ransomware

Que faire en premier lorsqu'on découvre une attaque ransomware dans son entreprise ?

La toute première action est de confiner le réseau : débranchez le câble réseau des machines touchées ou coupez le Wi-Fi, sans éteindre les appareils. Appelez ensuite immédiatement votre technicien informatique ou votre fournisseur de services gérés pour confirmer l'ampleur de l'attaque, puis votre assureur cyber si vous avez une police en place, avant de considérer toute autre démarche.

Faut-il éteindre les ordinateurs touchés par un ransomware ?

Non, il ne faut généralement pas éteindre les machines touchées. Éteindre un ordinateur efface la mémoire vive, qui contient souvent des preuves numériques utiles à l'enquête et, dans certains cas, des clés de chiffrement temporaires. Il faut plutôt isoler la machine du réseau en débranchant le câble ou en désactivant le Wi-Fi, tout en la laissant allumée jusqu'à l'arrivée d'un technicien ou d'un expert en forensique.

Faut-il payer la rançon demandée par les pirates ?

Le Centre canadien pour la cybersécurité et la GRC recommandent généralement de ne pas payer la rançon, car le paiement ne garantit ni la récupération des données ni l'absence d'une nouvelle attaque, et il finance directement les groupes criminels. La décision doit toutefois être prise au cas par cas avec votre assureur cyber et un conseiller juridique, jamais comme premier réflexe et jamais sans évaluer d'abord les sauvegardes disponibles.

Qui dois-je appeler en premier après une attaque ransomware : la police, mon assureur ou un technicien ?

L'ordre recommandé est le suivant : d'abord un technicien informatique ou spécialiste en cybersécurité pour confiner l'attaque et évaluer les dégâts, ensuite votre assureur cyber si vous détenez une police (avant tout paiement ou toute dépense majeure), puis un avocat si des données de clients sont touchées, puis la Commission d'accès à l'information du Québec si la Loi 25 s'applique, et enfin les autorités comme le Centre antifraude du Canada ou le service de police local pour le signalement officiel.

Mon entreprise est-elle obligée de déclarer une attaque ransomware à la Commission d'accès à l'information du Québec ?

Sous la Loi 25, toute entreprise qui subit un incident de confidentialité présentant un risque de préjudice sérieux pour les personnes concernées doit aviser la Commission d'accès à l'information du Québec ainsi que les personnes touchées, dans les meilleurs délais. Un ransomware qui a exfiltré ou rendu inaccessibles des données personnelles de clients ou d'employés déclenche généralement cette obligation.

Combien coûte une intervention d'urgence après une attaque ransomware au Québec ?

Pour une PME québécoise, une intervention d'urgence de confinement et de nettoyage se situe généralement entre 2 000 $ et 10 000 $ CAD selon la taille du réseau, une enquête forensique complète entre 5 000 $ et 30 000 $ CAD, et la restauration complète des systèmes avec renforcement de la sécurité peut ajouter plusieurs milliers de dollars supplémentaires, sans compter les pertes liées à l'arrêt des opérations.

Combien de temps faut-il pour restaurer les systèmes après un ransomware ?

Le délai varie énormément selon la préparation de l'entreprise. Avec des sauvegardes récentes, hors ligne et testées, une PME peut restaurer ses systèmes critiques en 24 à 72 heures. Sans sauvegardes fiables ou avec un chiffrement étendu touchant plusieurs serveurs, la restauration complète peut prendre une à trois semaines, voire davantage dans les cas les plus graves.

Une PME peut-elle obtenir de l'aide financière ou des conseils gratuits après une cyberattaque au Québec ?

Oui. La Banque de développement du Canada (BDC) offre du financement et des conseils en cybersécurité pour les PME, Investissement Québec propose des programmes de soutien à la transformation numérique et à la cybersécurité, et la Commission d'accès à l'information du Québec publie des guides gratuits sur les obligations de notification en cas d'incident de confidentialité sous la Loi 25.

Commentaires (3)

MP
Marc-André P., Trois-Rivières
21 juillet 2026

On a vécu exactement ce scénario il y a deux mois. La partie sur ne PAS éteindre l'ordinateur nous a évité une erreur — notre réflexe naturel aurait été de tout débrancher du mur. Le technicien nous a dit la même chose que dans cet article.

SL
Sylvie L., Gatineau
19 juillet 2026

L'ordre des appels est vraiment ce qui manquait dans tout ce qu'on avait lu ailleurs. On pensait qu'il fallait appeler la police en premier, on ne savait même pas que l'assureur devait être contacté avant de dépenser quoi que ce soit.

DT
Daniel T., Sherbrooke
15 juillet 2026

La section sur la Loi 25 et la CAI est claire, mais je recommande quand même de parler à un avocat rapidement — dans notre cas le délai pour évaluer si c'était un "risque de préjudice sérieux" a pris plus de temps que prévu.

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